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| | John Nash "Un homme d'exception" | |
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Hydrazine Administrateur


Age : 55 Inscrit le : 02 Sep 2005 Messages : 428 Organisme : Administrateur: Pro-Def Estrie et AGIDD-SMQ
| Sujet: John Nash "Un homme d'exception" Lun 12 Juin - 2:22 | |
| Extraits d'entrevue de John Nash, prix Nobel d'économie en 1994.
Avez-vous lu la biographie de John Nash "un homme d'exception" ?
Nash est schizophrène et malgré de nombreuses rechutes qui l'ont invalidé sur deux décades, il a pu faire des découvertes importantes en mathématiques et en économie.
Ses collègues le trouvaient étrange, mais ils étaient forcés de reconnaître son génie. Sa femme est toujours restée avec lui même s'il a eu une vie assez difficile.
Même quand il était "stabilisé", il avait toujours des hallucinations et des idées bizarres, mais il il a appris à vivre avec.
C'est un message d'espoir, nous ne devons pas renoncer à nos projets.
Extrait d'interview de JOHN NASH par Piergiorgio Odifreddi
Par exemple, quelqu'un dit qu'il fait des miracles et, au lieu de fou, on l'appelle saint !
Plus que le dire, il faut réussir à le faire dire à quelqu'un d'autre : non pas "je fais des miracles", mais "il fait des miracles". C'est encore mieux ensuite s'il y a un cardinal ou un évêque pour le dire, avec une voix inspirée.
Le but donc, c'est le contrôle.
C'est l'économie, dans le sens qu'il s'agit de minimiser le coût pour la société et pour les familles des malades. Une folie qui ne donne pas de problèmes, qui n'influence pas le comportement extérieur, est comme une religion qui n'interfère pas avec ton travail : dans ce cas, il n'intéresse personne de savoir à quelle secte il appartient. Mais si un malade mental a des tendances au suicide, ceci est suffisant à déterminer l'internement coopté. Même si aujourd'hui les avocats réussissent à le rendre plus difficile, ce qui, en même temps, fait épargner de l'argent à l'État.
Dans les années '70, en Italie le mouvement antipsychiatrique a réussi à faire fermer les asiles.
Tous ?
Oui, tous.
Cependant les services psychiatriques des hôpitaux normaux sont sûrement restés.
Beaucoup de malades mentaux se sont effectivement résignés.
Aux Etats Unis, la médecine psychiatrique est devenue une industrie : beaucoup de gens sont internés même s'ils ne sont pas vraiment dangereux. Cela ne devrait pas par contre être possible sans le consentement du patient. Même les prisons sont devenues une industrie. Le nombre des détenus aux Etats Unis est embarrassant : quinze fois supérieur à la moyenne européenne.
Et pourtant, si on enlève les personnes qui appartiennent à certaines catégories ethniques, comme les noirs ou les latins, le pourcentage des détenus blancs est probablement le même qu'en Europe. Vous avez toujours cherché à vous opposer légalement à vos internements.
La première fois, j'ai réussi à me résigner. Les autres fois j'ai tenté, mais sans grands résultats. Je crois que l'effet a été double : cela peut avoir empêché certains excès de soins, mais avoir rallongé la durée de la détention.
Vous avez dit explicitement avoir subit des tortures.
On peut interpréter les comas insuliniques et les électrochocs comme des tortures. Mais ils se sont produits justement dans une période où je n'avais pas d'avocat.
Vous avez dit aussi que guérir d'une maladie mentale ne donne pas la même joie que guérir d'une maladie physique, parce que la rationalité de la pensée impose une limite à la conception que peut avoir une personne de sa relation avec le cosmos.
Je me voyais comme un grand prophète ou un messie...
Comme Zarathustra ?
J'ai pris cet exemple seulement parce qu'il n'y a pas trop de ses disciples dans le monde. Citer Mahomet pouvait être risqué, en 1994 il y avait le risque d'une fatwa.
Sans parler de Jésus Christ, ensuite.
Il faut être prudent, en certaines choses. Naturellement, Jésus Christ est un exemple typique de pensée illusoire : il y en a beaucoup dans les asiles. Quelquefois plus d'un au même endroit, comme dans le cas célèbre des trois Christ d'Ypsilanti.
On ne peut pas en même temps être rationnel et se croire un grand homme universellement reconnu. Après être état interné, j'ai donc fait une sorte de compromis avec moi même pour essayer de me comporter normalement.
"Même les maniaco-déprimés, parmi lesquels il y a beaucoup de scientifiques, vivent une espèce de compromis entre euphorie et dépression."
Mon cas était différent, parce que je ne souffrais pas de dépressions mais d'hallucinations. Quant aux scientifiques, ils me semblent relativement sains : ces sont les logiciens qui sont fous ! Plus que la plupart des mathématiciens.
Laissons tomber les logiciens, sinon c'est moi qui déprime. De façon plus générale, il y a des aspects pathologiques dans les Mathématiques ?
Certainement, il y a une mystique des nombres, dans laquelle parfois je me suis moi aussi laissé entraîner. Un musulman m'a envoyé un livre dans lequel on cherche à montrer que dans le Coran il y a une structure numérique cachée, basée sur le nombre premier 19. Ensuite il y a le code de la Bible, qui permet de retrouver des références à des événements déjà arrivés, mais jamais de prophéties d'événements qui doivent encore arriver : ce serait pas mal, de trouver une vraie prophétie !
"Le Socrate de Platon entendait des voix, qui lui disaient de ne pas faire certaines choses."
Pendant ma maladie moi aussi j'entendais des voix, comme celles qu'on entend dans les rêves. Aux débuts j'avais seulement des idées hallucinatoires, mais après deux ou trois ans sont arrivées ces voix, qui réagissaient critiquant mes pensées et ont continué pendant plusieurs années. À la fin, j’ai compris que c'était seulement une partie de mon esprit : un produit du subconscient, ou un parcours alternatif de la conscience. Et vous servaient-elles pour les Mathématiques, comme pour Ramanujan ?
Peut-être que dans certaines sociétés, comme l'ancienne Grèce ou l'Inde, il est possible cultiver ces voix comme une pensée rationnelle normale : ça pourrait fonctionner. Mais dans mon cas elles n'étaient pas agréables.
Et ensuite elles ont cessé ?
Mieux que ça, c'est moi qui les ai supprimées. J'ai décidé que je ne voulais plus les entendre ou en être influencé. Donc vous avez guéri parce que vous avez décidé de guérir, par la force de volonté ?
Je ne sais pas, ce n'est pas très clair la façon dont fonctionne la force de la volonté : elle ne suffit certes pas pour maigrir. Mais les guérisons des maladies mentales ne semblent pas être provoquées des médicaments, et à un moment donné, j'ai cessé de les prendre. Vouloir être sain, c'est essentiellement cela la santé mentale.
Et il n'y a pas des facteurs génétiques ?
Je ne suis pas convaincu. La maladie mentale peut être une fuite hors du malheur. Et souvent c'est l'ambiance familiale qui la détermine. Par exemple, je crois que c'est une cause de la maladie de mon fils, qui est un cas clinique.
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| Sujet: Re: John Nash "Un homme d'exception" Mar 13 Juin - 2:29 | |
| Brève biographie
En 1958, les symptômes de sa maladie se font sentir. John Nash est admis au McLean Hospital en avril-mai 1959 où on lui diagnostique une schizophrénie paranoïaque. Après des séjours difficiles à Paris et à Genève, Nash entre à Princeton en 1960. Il fait des séjours réguliers à l'hôpital jusqu'en 1970 et occupe un poste de chercheur à la Brandeis University de 1965 à 1967. Il ne publie rien pendant trente ans. Il obtient en 1978 le John von Neumann Theory Prize pour ses découvertes sur les équilibres non coopératifs.
Des personnages imaginaires (un agent des services secrets, un ami rencontré à l'université et la nièce de 11 ans de cet ami) ont été inventés pour le cinéma, afin d'illustrer les délires de schizophrène du personnage. Le délire de Nash, décrit dans le livre de Sylvia Nasar, avait une toute autre connotation: préoccupé par la guerre froide, il voulait participer à la création d'un gouvernement mondial, et écrivait fébrilement des lettres aux ambassades dans ce sens. En 1959, il partit en Europe et voulut renoncer à la nationalité étasunienne pour obtenir des Nations unies une carte d'identité de "citoyen du monde". Les instances onusiennes restèrent (on s'en doute) de marbre, de telles cartes d'identité n'existant pas .Il lui arrivait également d'affirmer que des messages provenant d'extraterrestres étaient dissimulés dans les quotidiens. En tant que mathématicien, il fit plus que décliner: il écrivait des formules dénuées de tout sens, et envoyait aux professeurs des lettres posant des questions absurdes. Comme nombre de schizophrènes, il trouvait un sens caché à des détails insignifiants: par exemple, il déclarait, solennellement, que Kennedy et Krouschtchev avaient la même initiale.
Sa maladie lui a valu d'être rejeté par ses pairs économistes pendant un certain nombre d'années, mais ne l'a pas empêché de recevoir un prix Nobel d'économie pour sa participation à la révolution de la théorie des marchés financiers.
Sa santé mentale ne s'améliorera que très lentement. Son intérêt pour les mathématiques ne lui est revenu que très progressivement, ainsi que sa capacité à raisonner logiquement. Il s'intéresse maintenant à la programmation informatique. Les années 1990 ont permis d'assister à un retour de son génie, desservi par un esprit très affaibli. Il reçoit le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel en 1994, pour ses travaux d'étudiant à Princeton. Il envisage encore d'établir des résultats scientifiques significatifs.
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| Sujet: Re: John Nash "Un homme d'exception" Mar 13 Juin - 2:42 | |
| Une critique du film
Le film "Un homme d'exception" a été accueilli favorablement par la critique, tout en suscitant de fortes réprobations parmi les "fous rebelles" étasuniens, qui lui reprochent de mentir au sujet des médicaments. Il n'en possède pas moins de grandes qualités.
Ce film est excellent si on le prend pour ce qu'il est: une fable inspirée d'un fait réel. Un mathématicien brillant souffre de hallucinations persistantes. Elles le font sombrer dans un délire schizophrène paranoïaque qu'il réussit à apprivoiser grâce à l'amour de sa femme. Lors des dernières séquences, il reçoit le prix Nobel... Ses hallucinations ne le quitteront jamais, mais il a cessé de leur prêter attention, combattant sa maladie par son intelligence. Une belle histoire. L'oeuvre a été couverte de récompenses en 2002: Oscar pour le meilleur second rôle pour l'actrice Jennifer Connelly, Oscar du meilleur réalisateur pour Ron Howard, Oscar du meilleur scénario pour Akiva Goldsman, entre autres...
Ce succès est mérité: même si le film comporte, de l'avis des "fous rebelles", des aspects critiquables, il n'en a possède pas moins une qualité majeure: montrer que la schizophrénie n'est pas un mal sans remède, et rendre leur dignité aux personnes qui en souffrent.
Mais il est également vrai que le spectateur non averti pourrait retenir un certain nombre d'idées fausses de ce film.
"Un homme d'exception" est inspiré de la vie de John Forbes Nash Jr, prix Nobel d'économie 1994 pour sa théorie des jeux, élaborée dans les années 1950 à l'université de Princeton (USA). Le titre original du film, "A Beautiful Mind", reprend celui du livre de Sylvia Nasar, une journaliste qui a consacré deux ans et demie à la biographie de Nash...
Mais le spectateur qui aura, après avoir vu le film, eu la curiosité de lire le livre constatera que le délire de Nash, tel qu'il est décrit par la journaliste, n'a rien à voir avec ce qui est montré aux cinéphiles. Son délire réel était bien moins terrifiant, moins spectaculaire, que ce qu'on nous montre... Or, seule une minorité de spectateurs prendront la peine de lire le livre. Ils retireront du film un idée totalement fausse de ce qu'est réellement la schizophrénie.
Un bon film qui ment.
Exemple: dans les dernières minutes du film, Nash déclare peu avant la scène de remise du Nobel, qu'il prend "les nouveaux médicaments". C'est-à-dire des neuroleptiques dits "atypiques". C'est un mensonge: dans la réalité, Nash avait cessé de prendre des neuroleptiques au début des années 1970.
Dans un interview à la Télévision Suisse Romande, le réalisateur, Ron Howard, aurait déclaré avoir menti sciemment pour éviter que des patients renoncent à prendre des médicaments après avoir vu le film...
C'est plutôt maladroit, et en contradiction avec le reste du film, qui montre, justement, que Nash avait cessé de prendre ses médicaments parce qu'ils diminuaient ses facultés intellectuelles et l'empêchaient de faire l'amour avec sa femme... Qu'il avait décidé d'affronter son mal sans médicaments: au lieu de tenter de faire disparaître les hallucinations dont il souffrait, il avait appris à vivre avec. Ce qui s'était avéré être le bon choix.
L'on pourrait suggérer à Ron Howard de couper ces quelques secondes où Nash déclare prendre des "neuroleptiques atypiques".
Précisons par ailleurs qu'un délire schizophrène véritable est généralement moins spectaculaire que ce que nous montre "un homme d'exception".
Dans le film, Nash souffre de hallucinations persistantes, à la fois visuelles, auditives, et tactiles, qui lui font voir, entendre, et sentir des personnes n'existant que dans son imagination... Il continue à les "voir" même après avoir réalisé qu'elles n'existent pas!
L'une de ces personnes imaginaires est "son meilleur ami", et aurait, dans le délire de Nash, partagé sa chambre d'étudiant. L'autre est la fille de ce dernier. Le troisième est un agent des services de contre-espionnage... Nash les "voit", les "entend", et continue à le faire même lorsqu'il a réalisé qu'ils ne peuvent exister, notamment parce que la fille ne grandit pas avec les années!
Des hallucinations d'un tel type sont hautement improbables. Les hallucinations dont souffrent les patients psychiatriques sont le plus souvent auditives. Il peut également arriver qu'un patient voie une chose vraie en la prenant pour ce qu'elle n'est pas: par exemple, il voit une cheminée sur un toit, croit que c'est une personne, et imagine que cette personne l'observe. Cela peut aller plus loin: un homme m'a raconté, par exemple, qu'il voyait des files de voitures dans la rue en croyant qu'il s'agissait de chenilles géantes...
Mais voir et entendre des personnes purement imaginaires, les toucher, des années durant? J'ai interrogé à ce sujet un ami psychiatre, qui a longtemps travaillé en clinique. Il ne se souvient d'aucun cas de ce genre.
Dans le film, cela va plus loin encore: Nash monte dans la voiture d'un personnage imaginaire, "travaille" sous ses ordres à déchiffrer des "messages secrets" glissés dans les articles de quotidiens...
Dans le livre de Sylvia Nasar, réédité à l'occasion de la sortie du film avec la photo de l'acteur sur la couverture, nulle mention n'est faite de ces phénomènes plus qu'incroyables.
Le délire de Nash, décrit dans le livre, avait une toute autre connotation: préoccupé par la guerre froide, il voulait participer à la création d'un gouvernement mondial, et écrivait fébrilement des lettres aux ambassades dans ce sens. En 1959, il partit en Europe et voulut renoncer à la nationalité étasunienne pour obtenir des Nations Unies une carte d'identité de "citoyen du monde". Les instances onusiennes restèrent (on s'en doute) de marbre, de telles cartes d'identité n'existant pas...
Il lui arrivait également d'affirmer que des messages provenant d'extraterrestres étaient dissimulés dans les quotidiens...
En tant que mathématicien, il fit plus que décliner: il écrivait des formules dénuées de tout sens, et envoyait aux professeurs des lettres posant des questions absurdes.
Comme nombre de schizophrènes, il trouvait un sens caché à des détails insignifiants: par exemple, il déclarait, solennellement, que Kennedy et Krouschtchev avaient la même initiale...
Sans doute était-il malade. Son délire tenait de la mégalomanie. Lorsqu'il était hospitalisé (toujours contre son gré), il croyait qu'une conspiration était ourdie contre lui.
Néanmoins, son état était bien moins effrayant, et moins spectaculaire, que ce qui est montré dans le film, qui induit le public en erreur.
Autre détail: dès les premières images du film, Nash a des gestes malhabiles, souffre d'une mauvaise coordination, et semble terriblement mal à l'aise. Nombre de personnes ayant été traitées aux neuroleptiques reconnaîtront les effets parkinsoniens des neuroleptiques, qui, agissant sur les nerfs, produisent un malaise à la fois physique et psychique, qui, parfois, subsiste après l'arrêt du médicament. Or, Nash n'était pas sous neuroleptiques à cet époque (1948). Les neuroleptiques n'existaient d'ailleurs pas encore! Et le spectateur croira que ces troubles de coordination sont un symptôme de la maladie, pas un effet du médicament.
J'imagine que l'acteur incarnant Nash, Russel Crowe, a observé des patient psychiatriques pour mieux s'imprégner de son rôle, et que nul ne s'est avisé de lui dire que les neuroleptiques ont des effets parkinsoniens.
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| Sujet: Re: John Nash "Un homme d'exception" Mar 13 Juin - 20:12 | |
| Les médicaments du cerveau peuvent empêcher la guérison.
Par Robert Whitaker Journaliste Médical Paru dans: USA Today, 4 mars 2002
Le film "Un homme d'exception", distingué de nombreux prix, a attiré l'attention sur le fait que l'on peut guérir de la schizophrénie, une maladie grave affectant un Américain sur cent. Malheureusement, ce film brouille les pistes au sujet d'une question qui devrait tous nous concerner: les médicaments utilisés pour traiter la schizophrénie favorisent-ils la guérison sur le long terme, ou l'empêchent-ils?
Dans le film, Nash dit prendre "les nouveaux médicaments" juste avant de recevoir le prix Nobel. Ce qui a valu au film les éloges de la "National Alliance for the Mentally Ill" (Une association fort influente aux États-Unis, favorable aux médicaments neuroleptiques. Note du Traducteur). Le directeur, Ron Howard, a été félicité parce qu'il avait mis l'accent sur "le rôle essentiel des médicaments" dans la guérison de Nash.
En réalité, Nash avait cessé de prendre des médicaments dans les années 1970. Son état s'était progressivement amélioré au cours de deux décennies. C'est ce qu'explique la journaliste Sylvia Nasar dans sa biographie de Nash, "A Beautiful Mind", dont le film est vaguement inspiré (et dont il a repris le titre dans la version originale en anglais). Nasar conclut qu'en refusant de prendre les médicaments, Nash "pourrait avoir pris la bonne décision", parce que les effets indésirables du médicament auraient pu rendre pratiquement impossible son retour dans le monde des mathématiques".
Il ne s'agit là que d'un cas parmi de nombreux autres. La majorité des Américains sont ignorants du fait que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a constaté à maintes reprises qu'à long terme, la schizophrénie se guérit moins facilement aux USA, ainsi que dans d'autres pays "développés", que dans des pays pauvres comme l'Inde ou le Nigéria, où relativement peu de patients reçoivent des médicaments anti-psychotiques. Dans les pays "sous-développés", près de deux tiers des patients schizophrènes vont nettement mieux cinq ans après le premier diagnostic; environ 40% se sont remis. Alors qu'aux USA, et dans d'autres pays développés, la maladie devient chronique chez la plupart des patients. La différence est si nette que l'OMS en a conclu que le fait de vivre dans un pays développé est "indice important" pour prédire qu'un patient ne va jamais pleinement retrouver la santé.
Mythe médicamenteux
D'autres éléments permettent de tirer des conclusions similaires. Ainsi, en 1987, la psychologue Courtenay Harding a rapporté que parmi les patients diagnostiqués "schizophrènes chroniques" sortis à la fin des années 1950 de l'Hôpital d'Etat du Vermont, un tiers avaient totalement récupéré. Ces patients avaient tous un point commun: tous avaient refusé les médicaments anti-psychotiques. Elle en a conclu que la croyance selon laquelle un schizophrène doit prendre ces médicaments pour le restant de ses jours est un "mythe".
En 1994, des chercheurs de la "Harvard Medical School ont découvert que les perspectives de guérison des patients schizophrènes avaient, aux États-Unis, empiré durant les vingt dernières années, et qu'elles n'étaient pas meilleures qu'un siècle auparavant, quand la thérapie consistait entre autres à placer les patients dans des baignoires d'eau glacée pendant des heures. Et en 1998, des investigateurs de l'Université de Pennsylvanie ont rapporté que les médicaments anti-psychotiques provoquent un élargissement anormal dans une certaine zone du cerveau, ce qui aggrave les symptômes.
Les succès du "Comprehensive Care"
Ceci a conduit certains médecins européens à explorer les alternatives sans médicaments. En Finlande, des médecins traitent des patients nouvellement diagnostiqués comme "schizophrènes" par le "Comprehensive Care", basé sur le conseil, avec le concours d'assistants sociaux. Les médicaments ne sont utilisés qu'avec modération. Certains patients s'accommodent d'une dose faible, d'autres s'en passent. Les résultats sont prometteurs: une majorité de patients restent libres de symptômes psychotiques pour de longues périodes, et sont capables d'exercer un emploi.
L'histoire de la rémission de John Nash est émouvante. Mais le film nous trompe lorsqu'il évoque le rôle des médicaments anti-psychotiques dans sa guérison. L'histoire de Nash devrait nous inciter à reconsidérer l'efficacité à long terme des anti-psychotiques, avec honnêteté et ouverture d'esprit. Ce serait un premier pas vers une réforme - et s'il y a une chose que nous pouvons conclure des études de l'OMS, c'est qu'une réforme est urgente. Peut-être pourrions nous même espérer que dans notre pays, les chances de guérison des schizophrènes soient un jour égales à ceux de l'Inde ou du Nigéria...
Robert Whitaker est l'auteur de "Mad in America: Bad Science, Bad Medicine, and the Enduring Mistreatment of the Mentally Ill"
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