Ecrasé par sa camisole chimique, Jean-Marie Ployé n'est plus qu'une pâle image de lui-même. Il ne trouve plus la force de réfléchir et d'écrire. Son seul but, témoigner du calvaire qu'il vit, du piège qui s'est refermé sur lui. Alors il tente, syllabes par syllabes, de composer des bribes de textes qu'il cache dans une boite de cacao en poudre, pour finalement, au bout de quelques mois, cacher ses médicaments et recouvrer son identité. Aujourd'hui, il témoigne d'un milieu psychiatrique "proche des asiles du XIXème siècle", de son calvaire, mais aussi des circonstances qui l'ont mené là. Manière à lui d'exorciser un passé qui le hante. Sorti de "l'enfer des fous", il reprend goût à la vie, va tourner en février dans un film de Jean-Pierre Mocky. Et compte bien coucher son expérience douloureuse sur pellicule. SOURCE: France 3
Pour voir en entrevue un court témoignage, 22/10/2008 : France3 :
http://lorraine-champagne-ardenne.france3.fr/info/47788858-fr.php RÉCIT. Il était rayonnant sur scène. Il partageait le succès et le bonheur de chanter avec quatre compères aussi heureux que lui. Son métier de saltimbanque, entre théâtre, variétés et cinéma le comblait. Il avait aussi une famille. Bref il avait tout pour être heureux. Mais, fragile malgré les apparences, Jean-Marie Ployé cachait un mal-être depuis des années. Et quelques événements l'ont fait basculer du mauvais côté. Un deuil. Un emploi du temps de plus en plus difficile à gérer. Une douleur au genou après une opération ratée, qui nécessitait des calmants. De plus en plus de calmants : codéine, codéine, codéine… C'est la dépendance et la dépression. Puis le jeu, les dettes, les mensonges. L'invention d'une grave maladie. L'engrenage infernal, le cercle vicieux dont il ne peut sortir qu'en partant pour de bon. Il a tout préparé. Il a avalé une bonne dose de psychotropes. Raté.
Quand il reprend conscience, il est à l'hôpital. Ensuite, ce sera le centre de Saint-Sauveur-le-Manoir, un établissement de soins mentaux. L'enfermement. La promiscuité. Les neuroleptiques. L'oisiveté. L'évasion. Les malades. Les fous. Les moins fous. Le mitard… Et ce « petit général » au comportement pour le moins inquiétant, pour un psychiatre… « Le pouvoir de cet homme sur les fragiles patients que nous sommes est sans partage. Il ne se prive jamais du plaisir sadique de faire souffrir davantage encore les deux ou trois trublions du pavillon qui n'ont plus grand chose à perdre. Je fais partie de ces fous parmi les fous ».
Et le cauchemar dure, dure. « Je souffre mille maux. les doses de médicaments sont phénoménales. Je sens que je suis en train de devenir fou pour de bon. Ce que je vois autour de moi est effarant. Indicible. C'est la cour des miracles et le train fantôme réunis ! Il me faut une quinzaine de jours pour m'apercevoir que je suis en route pour le néant. Livide, je bave, je tremble, je confonds le jour et la nuit. je ne me reconnais plus. Je suis mon propre fantôme. Un fantôme rampant, rasant les murs gris de ce pavillon délabré ».
Mais Jean-Marie recèle des capacités insoupçonnées. Il écrit des mots sur des petits papiers. Des bouts de phrase. Des bouts de vie. Il ne veut rien oublier de son enfer. Les hauts succèdent aux bas. Puis un jour, le bout du tunnel. Il s'en sortira. Un témoignage poignant, une écriture sans concession.
Neuf mois chez les fous. Jean-Marie Ployé. Éditions Les 3 Génies. 136 pages.
Source : L’est éclair, Neuf mois chez les fous, un récit au cœur du néant
http://www.lest-eclair.fr/index.php/cms/194/forum/actu191353/Ecrasé par sa camisole chimique, Jean-Marie Ployé n'est plus qu'une
pâle image de lui-même.