Hydrazine Administrateur


Nombre de messages: 443 Age: 56 Organisme: Administrateur: Pro-Def Estrie et AGIDD-SMQ Date d'inscription: 03/09/2005
 | Sujet: La dynamique de l’archétype «guérisseur blessé»... Mer 11 Juin - 15:46 | |
| La dynamique de l’archétype «guérisseur blessé» à l’oeuvre dans la pratique et la formation des praticiens de l’aide
C.G. Jung a défini l’archétype comme étant une forme potentielle, virtuelle, innée de l’être humain. Les archétypes sont constamment à l’oeuvre dans l’inconscient collectif de chacun. Totalement antérieurs à l’individu et particulièrement chargés d’énergie, les archétypes échappent en eux-mêmes à la représentation. Ils se manifestent néanmoins par des images et correspondances typiques à tonalités affectives.
Un des deux pôles de l’archétype guérisseur-blessé se trouve, au départ, dans le conscient de chaque partenaire lors que l’autre pôle se place dans ’inconscient, et cela de manière inversée. Un schéma nous aidera à comprendre a dynamique complexe qui installe dans la relation entre aidant et aidé lorsque cet archétype est constellé. Ce schéma s’inspire de la théorie du transfert de C.G. Jung (1980). En chacune des deux personnes en présence, il y a une part guérisseur (pôle A) et une part blessée (pôle B). L’aidant, qu’il soit chaman, médecin, travailleur social ou psychothérapeute, se présente socialement comme celui qui offre une aide montrant par-là le pôle guérisseur de l’archétype. Le pôle blessé est dans l’ombre. Celui qui besoin d’une aide se présente socialement comme blessé. Au-dessous du seuil du conscient se trouve sa part guérisseur. En principe, le travail de l’aidant consiste à éveiller le guérisseur intérieur du patient, alors que ce dernier, blessé, va éveiller par résonance la blessure intérieure de l’aidant.

A. Guggenbuhl-Craig, à qui j’emprunte le raisonnement qui suit, décrit bien ces subtils mécanismes dans la relation médecin/malade : «Si quelqu’un devient malade, c’est l’archétype médecin/malade qui se constelle. Le malade cherche un guérisseur extérieur, mais en même temps s’active un guérisseur intérieur... C’est le médecin dans le patient lui-même qui guérit, tout autant que le médecin qui intervient de l’extérieur. Le facteur de guérison, c’est le médecin en nous. Aucune blessure, aucune maladie ne peut guérir, si le guérisseur intérieur ne se met pas à agir... II faut que quelque chose dans le corps et dans l’âme coopère pour que la maladie et les traumatismes soient surmontés» (A. Guggenbühl-Craig, 1985, p. 118 et suivantes).
Mais une des polarités de l’archétype peut être refoulée et la partie refoulée projetée. Le malade peut projeter le guérisseur intérieur sur le médecin traitant et ce dernier, ses propres blessures sur le malade... II ne se constelle alors plus de facteur de guérison chez le patient. Le médecin devient «rien que guérisseur» et le patient devient «rien que malade». On tombe dans le piège de la réunification avec l’autre pôle de l’archétype s’opérant par le pouvoir. L’aidant fait de son patient l’objet de ses velléités de puissance. II devient un homme puissant, non à cause de sa force, mais au moyen d’une dérobade psychologique, tandis que le patient s’installe dans une confortable soumission. Le désir du pouvoir et de la soumission sont ici l’expression d’une tentative de réunification de I’archétype scindé. Le client se mue en patient éternel. L’aidant croit que c’est lui qui guérit. II se sent comme le facteur guérisseur et oublie que sa fonction consiste essentiellement à permettre au facteur guérisseur de s’éveiller ou de se maintenir.
Pour éviter ce piège dans lequel beaucoup d’aidants tombent et dans lequel tombent aussi beaucoup de praticiens des médecines populaires, il est absolument nécessaire que celui qui occupe la place de l’aidant reste relié à sa part blessée, ceci impliquant l’exigence de rester en contact avec ses fragilités, ses ombres et ses faiblesses et de se garder de l’illusion d’avoir une fois pour toutes tout résolu. En s’identifiant complètement avec le seul pôle guérisseur de l’archétype, l’aidant vit une véritable inflation psychique caractérisée par un gonflement de la personnalité au-delà des légitimes limites individuelles. II n’est pas facile pour la psyché humaine de supporter les polarités. II est plus aisé de refouler la part encombrante et de la projeter à l’extérieur en particulier sur les autres. Par contre, si l’aidant sait à la fois contenir les deux pôles, et se rendre attentif aux résonances qui peuvent s’établir entre les problématiques du patient et les siennes, et y travailler pour garder une certaine avance, il autorise le patient à être en relation avec sa part guérisseur intérieure.
Dans cette dynamique, la cohérence de l’un amène la cohérence de l’autre. Plus l’aidant se met en lien conscient avec sa part blessée, plus son patient pourra se mettre en lien avec sa part guérisseur. Pour ce qui est de la formation, une dynamique analogue peut être à l’oeuvre. On parlera alors de l’archétype maître/disciple. La part maître chez la personne en formation sera d’autant plus stimulée que la part disciple sera constellée chez le formateur. Les mécanismes résumés ici jouent un rôle particulièrement important dans l’évolution intérieure des aidants et des formateurs. Bien souvent la prise de conscience de ces mécanismes s’effectue à l’occasion d’événements difficiles nécessitant des remises en questions. Pour ma part, c’est souvent lors de supervisions de professionnels de l’aide ou de la formation qu’il m’est donné de pouvoir utiliser ces concepts particulièrement opérants. L’accès conscient aux dynamiques en jeu favorise la motivation et la créativité.
CHARLES CHALVERAT: formateur à l’école d’études sociales et pédagogiques de Lausanne; réalisateur avec André Béday de deux films vidéos: Voies parallèles - Aux sources de la relation d’aide (1986, 51 minutes, EESP); Le don redonné. Un lignage de guérisseurs (1999, 38 minutes., EESP). _________________ Cordialement vôtre L'Administration du Forum
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