Écouter et entendre Extrait d'un texte de David Kaiser MD
A notre époque les patients ne souffrent pas de maladies biologiques. Ce que je vois généralement ce sont des malades qui souffrent d'une violence présente ou passée, d'une perte traumatisante, d'une perte de pouvoir ou de contrôle au niveau de leur propre vie ainsi que des effets de la fragmentation culturelle, de l'isolement et de l'appauvrissement spécifiques à notre culture actuelle. Comment cela se manifeste en chaque individu est absolument spécifique ; par conséquent, il est nécessaire de résister à toute tentative de généraliser ou de classer, comme la science nous enjoint de le faire. Une fois que l'on commence à utiliser des généralisations, on cesse d'entendre les malades et la richesse de leur expérience.
Malheureusement ce que je vois aussi ces jours-ci, ce sont les victimes de cette nouvelle biopsychiatrie, ces patients venant souvent à moi après avoir déjà subi de nombreuses années de traitement. Des patients diagnostiqués avec des déséquilibres chimiques, malgré le fait que n'existe aucune preuve pour corroborer un tel avis et aucune conception sérieuse quant à ce que serait un quelconque équilibre chimique correct. Des patients qui ont subi des années d'expérimentations médicamenteuses dont la seule conséquence est de renforcer en eux leur identité en tant que malades chroniques aux cerveaux défectueux.
Cette identification en tant que patients biologiquement affaiblis est l'un des effets les plus destructifs de la biopsychiatrie. Au niveau des malades individuels, cela signifie un nombre croissant de gens sur-diagnostiqués, surmédicalisés, mais aussi de plus en plus incapables de décrire, de définir et de contrôler leurs propres identités et existences. Si la psychiatrie doit regagner une apparence de légitimité et d'intégrité, elle doit se débarrasser d'affirmations scientifiques fausses et exagérées, et se consacrer humblement à la tâche urgente d'écouter des malades individuels avec patience et intelligence. C'est seulement ainsi que nous aurons une idée correcte des réponses à leur apporter.
Qu'en pensez-vous, est-ce que la psychiatrie voit les problèmes de santé mentale de cette manière ?
Sinon qu'est-ce qui l'en empêche et qu'est-il possible de faire pour que ça change ?
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Ni aimer, ni haïr : voilà la moitié de toute sagesse...
Ne rien dire et ne rien croire : voilà l'autre.
Arthur Schopenhauer