Au Rwanda, on n'attache pasIl faut croire que le gros bon sens est inversement proportionnel aux moyens financiers dont dispose un État pour administrer la question des droits fondamentaux en matière de psychiatrie. C'est une vraie honte ! Au moins ce texte a le mérite de démontrer que le problème n'est d'aucune façon relié à une question de moyens, mais plutôt à une question de volonté.Vers une psychiatrie sans contentionJe me trouve actuellement, avec des collègues, à reconstruire la psychiatrie du Rwanda. C'est une demande faite par la Confédération dans un programme de collaboration entre la Suisse et le Rwanda. Le Département psychiatrique des hôpitaux universitaires de Genève s'occupe de remonter cette psychiatrie ruandaise. Dans ce pays, il y a un hôpital psychiatrique, un seul pour 6 millions d'habitants, 120 lits. (Du point de vue de la planification sanitaire, comme vous le voyez, ils sont bien meilleurs que nous!) Ils disposent de 30 soignants. C'est une culture de violence et elle se retrouve dans l'hôpital psychiatrique. Je m'y suis rendu trois fois pour effectuer ce travail et la violence est présente dans l'hôpital psychiatrique mais par contre les pratiques d'attachement des patients sont absentes.
Alors, comment font-ils pour gérer cette violence? Ça peut être une violence importante. Par exemple, la toute première fois que je m'y suis rendu, un patient s'évertuait à en poursuivre un autre avec une machette et vous imaginez ce que ça donne dans ce contexte. Ils n'ont pas de lien, ça coûterait trop cher. Ils ne vont pas commencer à détruire des draps pour en faire des lanières pour attacher les patients. Ces draps sont trop rares et il n'y en a pas pour tout le monde. Leur façon de gérer la violence est la suivante. Lorsqu'un patient est violent, il se trouve par exemple à s'agiter dans un coin du préau et un ou deux soignants sont dans l'autre coin du préau, c'est-à-dire à cinquante mètres. Ils discutent pendant une demi-heure. Et au bout d'une demi-heure en général le problème est réglé.
Si le patient est extrêmement violent, il y a deux cachots qui sont utilisés pour mettre les patients à l'intérieur. Leur particularité c'est que la porte est pleine de trous. Ce qui se passe c'est que les autres patients vont vers ce cachot et commencent à discuter avec le patient enfermé, lui passent des cigarettes, discutent. J'ai même vu une situation où ils jouaient aux cartes par-dessous la porte du cachot. En général, au bout de quelques heures, le problème est réglé. Qu'est-ce que j'en tire comme conclusion, c'est qu'ils n'ont pas besoin de liens. Lorsqu'une personne est agitée ou qu'elle se trouve en situation de violence ils utilisent, peut-être sans qu'on leur ait appris à travers un modèle thérapeutique complexe, l'importance de la relation. Je pense que ce que les Ruandais ont réussi à faire avec 30 patients, nous devons aussi réussir à le faire en Suisse.
Par André Laubscher, directeur des soins infirmiers,
Hôpitaux universitaires de Genève
Comme le disait si bien Jacques Brel Quand on n'a que l'amour
Pour habiller matin
Pauvres et malandrins
De manteaux de velours
Quand on n'a que l'amour
A offrir à ceux-là
Dont l'unique combat
Est de chercher le jour
Alors sans avoir rien
Que la force d'aimer
Nous aurons dans nos mains
Amis le monde entier
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Ni aimer, ni haïr : voilà la moitié de toute sagesse...
Ne rien dire et ne rien croire : voilà l'autre.
Arthur Schopenhauer