Écouter ce que les patients ont à dire... Voilà la pierre angulaire !Pas facile tes requêtes... J'ai trouvé ceci, c'est vraiment de toute beauté ! Ça m'a presque tiré une larme. Pas un soignant ne peut demeurer insensible à ça... À moins bien entendu, d'avoir un coeur en granit n'autorisant que l'égratignure du diamant. Mais voilà, il a peut-être dans les lignes qui suivent la limpidité de la pierre précieuse, et aussi la dureté de ce qui est évident.Une fois qu'on a compris ce qui suit, tout le reste tombe comme par enchantement. La chambre d'isolement en psychiatrie séquestration ou soin ? Écouter les patients soit, mais qu'auraient-ils à dire que nous soignants ne sachions déjà ? Leur vérité qui n'est certainement pas la nôtre. Revenir sur ce qui s'est passé, sur leur ressenti à ce moment là, c'est d'abord leur redonner une position de sujet et non plus d'objet contenu, d'aliéné incapable de faire des choix. C'est ensuite, si nous sommes capables de supporter cette vérité sans chercher à les convaincre à tout prix que notre point de vue est le seul viable, de travailler autour de la maladie, autour de leur façon particulière de la vivre et non pas seulement autour de la répression d'un comportement jugé dangereux ou susceptible de l'être.
Ils ont donc à nous dire qu'ils sont des sujets qui pensent et agissent au mieux en fonction des forces psychiques qui les assaillent, qu'ils sont des sujets qui ressentent parfois douloureusement ce que nous leur imposons, qu'ils sont des sujets malades dont le comportement a un sens qu'il nous faut découvrir ensemble. Ils ont aussi à nous dire ce que nous leur faisons subir malgré toutes les précautions que nous pouvons prendre. Ils nous apprennent ce faisant que nous ne sommes pas tous puissants, que nous avons des limites qu'il nous faut supporter, pour pouvoir les dépasser. Ils ont également à nous dire que ce n'est pas parce qu'ils sont malades, que ce n'est pas parce que nous les estimons susceptibles d'être dangereux qu'il nous faut les isoler dans des chambres inadaptées, en oubliant que ce sont des citoyens, des autres nous-mêmes que nous enfermons.
Ils nous disent enfin que tout conformisme intellectuel nous est interdit : l'aspect thérapeutique de la MCI n'est pas un acquis, il est constamment à remettre en cause et à démontrer, au cas par cas. En se battant pour que leur droit à la sûreté soit mieux entendu, ce n'est pas seulement pour leur liberté que nous militons, c'est aussi pour la nôtre.
Écouter les patients, entendre leur vérité pour des raisons éthiques (parce que, là, nous sommes dans notre rôle de soignants), et cliniques car éthique et clinique ne sont pas antagonistes. C'est ce qu'il nous appartient de démontrer.
Par Dominique Friard
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Ni aimer, ni haïr : voilà la moitié de toute sagesse...
Ne rien dire et ne rien croire : voilà l'autre.
Arthur Schopenhauer