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Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale

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MessageSujet: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 19:54

Centre jeunesse ou la psychiatrie pour les jeunes

Les hôpitaux acceptent de s'occuper de jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Mais pas tous, et pour quelques semaines tout au plus.

Ils aboutissent ensuite dans les centres jeunesse, peut-être le pire endroit où envoyer un enfant souffrant de troubles psychiatriques. Et comme partout on manque de pédopsychiatres, les pilules prennent le relais, constate-t-on dans ce deuxième et dernier volet de notre dossier sur ce délicat problème.

Pour les éducateurs d'une unité située dans un centre sécuritaire de Montréal, la consigne était claire : la porte de la chambre de Sophie devait toujours, toujours rester ouverte. Cette porte ne se refermait que l'espace de quelques minutes par jour, pour laisser Sophie se vêtir. Car les éducateurs savaient qu'à la moindre défaillance de cette constante vigilance, Sophie tenterait de se suicider.

Depuis que les hôpitaux ont désinstitutionnalisé les malades mentaux, au milieu des années 90, aucun établissement de santé n'accueille les jeunes souffrant de troubles mentaux pour plus de quelques semaines. Seuls 13 hôpitaux au Québec ont des lits de pédopsychiatrie. Durée de séjour moyen : 23 jours.

Après, où vont ces jeunes ? S'ils sont suicidaires ou ont de gros troubles de comportement, ils aboutissent immanquablement dans les centres jeunesse. Et ces jeunes, bourrés de pilules, aux comportements parfois incontrôlables, posent de très, très gros problèmes. Il y a trois ans, une adolescente de 16 ans s'est suicidée alors qu'elle était hébergée au centre Dominique-Savio.

Au centre jeunesse des Laurentides, on a dû, au cours de la dernière année, avoir recours aux tribunaux par trois fois pour obliger un hôpital psychiatrique à garder en ses murs des jeunes filles aux prises avec de très sérieux problèmes de santé mentale.

L'un de ces cas était une jeune adolescente qui souffrait d'un trouble d'attachement majeur. La jeune faisait des crises épouvantables. «Elle criait. Un cri très perçant. Pendant des heures et des heures. Elle pouvait se mordre, se péter la tête sur les murs. Elle avait tellement de rage, on pouvait être cinq personnes sur elle pour la maîtriser. On ne savait plus quoi faire», explique Kathleen Hogan, directrice des services de réadaptation au centre jeunesse.

Elle a été hospitalisée à Montréal à plusieurs reprises. Chaque fois, après quelques jours et des injections de puissants médicaments, elle a été renvoyée au centre. «Pour eux, on ne savait pas s'y prendre. Pour eux, c'était un cas de réadaptation, pas de psychiatrie», poursuit Mme Hogan.

Le directeur de la protection de la jeunesse de Laurentides, Denis Baraby, estime qu'il n'a pas eu le choix. «On a dû se positionner pour dire : on ne la reprend plus», dit-il. L'hôpital refusant ce diktat, une injonction a été demandée devant les tribunaux. Accordée. La jeune fille est finalement restée un an à l'hôpital psychiatrique. «Il a fallu se battre de façon incroyable et mettre en péril la réadaptation de 11 autres jeunes», observe M. Baraby. «Ça n'a pas de sens qu'un pseudo-réseau fonctionne de cette façon-là», ajoute Mme Hogan.

Ce genre de situation se vit partout. Chantal Marquis, éducatrice au centre pour filles Rose-Virginie-Pelletier, à Montréal, a retrouvé, un soir, une jeune dans un bain de sang. Elle venait de s'ouvrir les veines.

À l'hôpital, après les soins d'urgence, elle attend huit heures avec la jeune fille. Finalement, elle est vue par un interne en psychiatrie. «Il lui a demandé : as-tu encore envie de te tuer? Elle a répondu non. Je suis repartie avec elle.» La jeune n'a même pas passé une nuit à l'hôpital. «Elle se faisait recoudre et on me disait déjà, à l'hôpital, à quel point on était bons. Qu'on était capables», lance Chantal Marquis, manifestement amère.

Une autre jeune fille, au sortir de l'hôpital, a menacé l'éducatrice qui l'accompagnait : «Je n'embarque pas dans ton char. Je vais me tuer. Je vais me jeter en bas», raconte Chantal Durocher, une autre éducatrice de Rose-Virginie-Pelletier. «L'hôpital n'a jamais voulu la garder. On a été obligés d'avoir un transport sécuritaire. Et on l'a ramenée au centre. On l'avait dans nos culottes. Mais on ne pouvait toujours bien pas l'attacher!»

D'ailleurs, à Rose-Virginie-Pelletier, la consigne est claire : «On n'emmène personne aux urgences après 16 h à moins que la jeune soit en état de psychose ou d'hallucination. Sinon, on sait qu'on va se faire revirer de bord», résume Mme Marquis.

L'infirmière du centre, Nicole Boissé, est plus diplomate. Des ponts ont été jetés entre l'hôpital Sainte-Justine et Rose-Virginie-Pelletier, plaide-t-elle : une pédopsychiatre est même venue sur place à quelques reprises, un geste impensable il y a quelques années. Un protocole de collaboration a été établi, qui prévoit la consultation rapide si les cas sont urgents.

«On ne prend jamais une menace de suicide à la légère. Mais on ne déclenche pas tout un processus sur une simple déclaration. L'hôpital se dit que quand les jeunes sont en centre, ils sont dans un milieu sécuritaire», dit-elle.

Si on veut que le jeune récupère, il est parfois plus indiqué de le renvoyer au centre, parmi les gens qu'il connaît, plaident les autorités des centres jeunesse. «Souvent, on se dit, il va être bien plus en sécurité à l'hôpital. Mais d'un point de vue clinique, il est peut-être beaucoup plus adéquat qu'il se retrouve chez nous», croit Anne Duret, responsable du dossier santé mentale au centre jeunesse de Montréal.

Pourtant, la pédopsychiatre Marie Plante estime que les centres jeunesse sont probablement les pires endroits où héberger un jeune affecté d'un trouble psychiatrique. "Ces jeunes-là ne peuvent pas tolérer le stress. Et là, on les met dans une unité avec 11 ou 12 autres jeunes parfois très agressifs, impulsifs", déplore-t-elle.

Seuls quelques-uns des centres jeunesse sont spécifiquement consacrés aux problèmes de santé mentale. À Montréal, on y retrouve une cinquantaine de jeunes. Ailleurs, les jeunes sont hébergés avec la clientèle générale. Délinquants, troubles de comportement, alouette. Chantal Durocher, une intervenante de grande expérience, a souvent vu des jeunes filles atteintes de problèmes de santé mentale être victimes d'ostracisme dans une unité.

"Ce sont des jeunes qui ont parfois des propos un peu déphasés. Disons que dans un groupe, elles détonnent. Quand on a deux ou trois bonnes délinquantes dans un groupe..." dit-elle. Lors de son séjour en centre jeunesse, Mathieu, schizophrène, refusait que quiconque le touche. "Quand les autres se sont aperçus de ça, ils se sont mis à le toucher, par jeu. Il réagissait très fortement", raconte sa mère, Monique Lemieux.

En plus, ces jeunes sont souvent incapables de suivre la routine de fer imposée aux jeunes hébergés en centre. Pilules obligent, ils ont parfois beaucoup de mal à se lever le matin, à assister aux cours ou à oeuvrer dans les ateliers de travail. Et les intervenants sont mal équipés pour faire face à ces cas lourds. "La santé mentale, ça fait plus peur qu'une grosse crise de délinquance. On s'habitue à l'agressivité. Mais la folie, on a moins de moyens pour faire face à ça. On apprend sur le tas", souligne Mme Durocher.

Les intervenants gèrent donc, désormais, d'imposantes pharmacies. Certaines filles hébergées à Rose-Virginie-Pelletier prennent jusqu'à 12 pilules par jour. Six sortes de médicaments, trois prises par jour, des petites pilules de toutes les couleurs soigneusement rangées dans des dosettes, sous clé. Une image qui démontre, hors de tout doute, que les centres jeunesse sont devenus les nouveaux hôpitaux psychiatriques pour jeunes.

Source : La Presse, mercredi 07 février 2007 Katia Gagnon
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 20:04

Le manque de pédopsychiatres

Peu de psychiatres acceptent de se spécialiser dans le traitement des enfants. Comme le développement physique et psychologique n'est pas complété, les diagnostics sont plus difficiles à faire et les traitements, plus hasardeux. Résultat : on manque cruellement de pédopsychiatres.

Le réseau de santé québécois compte sur les services de l'équivalent de 143 pédopsychiatres à temps complet. C'est un médecin pour 11 000 jeunes. En région éloignée, le portrait est évidemment plus sombre : un psychiatre pour 20 000 jeunes. C'est cinq fois plus que ne le stipulent les normes internationales.

Les listes d'attente sont donc imposantes. En 2001, à Montréal, il fallait attendre en moyenne trois mois pour voir un psychiatre. À Gaspé, sept mois.

Mais le portrait a changé depuis cinq ans, fait valoir le sous-ministre responsable du dossier au ministère de la Santé, le psychiatre André Delorme. En 2001, 5000 jeunes attendaient depuis plus de deux mois sur les listes d'attente à l'échelle du Québec. Cinq ans plus tard, les listes d'attente ont diminué : 2000 jeunes sont en attente depuis plus de deux mois.

Néanmoins, les psychiatres demeurent critiques. «Le système nous pousse à faire de la psychiatrie de pilule», explique la pédopsychiatre Marie Plante, de Québec. Plusieurs jeunes ne voient leur psychiatre que deux fois par année.

Source : La Presse mercredi 07 février 2007 Katia Gagnon
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 20:12

Un esprit sain...

Ces dernières années, les Québécois ont été bombardés de messages leur répétant à quel point il est important d'être en bonne santé physique. Ces campagnes ont donné des résultats concrets. Aujourd'hui, les Québécois sont en meilleure forme physique et mangent mieux. Il est maintenant temps de s'intéresser à leur santé psychologique.

En lisant la série de notre collègue Katia Gagnon, on ne peut que constater à quel point il y a des efforts à faire pour aider les jeunes, de plus en plus nombreux, qui souffrent de problèmes de santé mentale.

Si le nombre de cas a augmenté au fil des ans, c'est grâce entre autres à l'avancée des connaissances dans le domaine de la psychiatrie, à des diagnostics plus précis et aussi, parce que le tabou entourant la santé mentale est moins lourd qu'il y a 50 ans.

On identifie mieux les problèmes mais malheureusement, les ressources demeurent insuffisantes. Comment expliquer que les besoins soient si criants? Il y a plusieurs explications. À commencer par la pénurie de pédopsychiatres, une spécialité peu courue chez les étudiants en médecine. Les difficiles conditions de travail ont sans doute un impact sur leur choix. Or la réorganisation des soins en psychiatrie prévue dans le plan d'action en santé mentale - et qui sera appliquée sous peu dans la région de Montréal - n'annonce rien de bon. Les psychiatres et les pédopsychiatres ont vivement critiqué le plan dévoilé par le ministre de la Santé, Philippe Couillard, en 2005. Les professionnels de la santé mentale estiment qu'en déplaçant les ressources des cliniques vers l'urgence et des grands centres vers les régions, on ne fait que déplacer le problème sans pour autant ajouter de sang neuf. Difficile de ne pas leur donner raison.

Les pédopsychiatres se demandent également s'ils leur restera du temps pour assurer un suivi auprès de leurs patients, une préoccupation légitime quand on sait qu'un patient en pédopsychiatrie requiert plus de temps qu'un adulte: l'enfant ne possède pas le vocabulaire et les concepts pour expliquer son mal de vivre.

Hier, des personnalités québécoises, dont l'ancien ministre de la Santé, Claude Castonguay, et la présidente de l'Ordre des psychologues, Rose-Marie Charest, ont donné le coup d'envoi à la semaine de prévention du suicide. Au cours des prochains jours, on parlera beaucoup du fait qu'on se suicide davantage au Québec qu'ailleurs au Canada, et que les jeunes hommes sont particulièrement touchés par ce problème. On rappellera également que le suicide est le deuxième problème de santé publique en importance, après le cancer. Or nous savons aujourd'hui que le suicide n'est pas un geste romantique ni un accident. C'est un geste violent commis par des gens qui éprouvent des problèmes de santé mentale, chroniques ou passagers. Des problèmes qui, dans bien des cas, auraient sans doute pu être traités à l'enfance ou à l'adolescence.

Sachant cela, peut-on encore tolérer que seulement 15% des jeunes qui souffrent de problèmes importants de santé mentale au Québec soient en mesure d'obtenir un traitement?

Source : La Presse le mardi 06 février 2007 par Nathalie Collard
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 20:17

Vivre avec une bombe à retardement

Cette année, entre 600 et 700 jeunes Montréalais expérimenteront leur premier épisode de psychose. Sur 100 000 jeunes Québécois qui ont des problèmes de santé mentale, à peine 15 000 seront vus par un psychiatre, souvent après des mois d'attente. Des histoires d'horreur, bien des parents qui accompagnent leur enfant dans cette situation en ont à raconter. Une heureuse exception : l'hôpital Douglas, qui agit avec célérité. Le ministère de la Santé s'est aussi doté d'un programme axé sur les soins de première ligne. Qui ne fait pas l'unanimité.

Deux mois avant que son fils ne dégaine son arme dans l'enceinte du collège Dawson, la mère de Kimveer Gill avait remarqué que son garçon semblait vraiment déprimé. Il s'enfermait dans sa chambre. «Le monde entier souffre», lui a-t-il lancé un jour. «Si j'avais su, raconte-t-elle, je l'aurais emmené chez le médecin.»

Question : que se serait-il passé si Mme Gill, quelques semaines avant la tragédie, avait pris le téléphone pour trouver de l'aide pour son fils?

Réponse : probablement rien.

Parlez-en à Marc et Diane. Leur histoire pourrait être celle des parents Gill. Pendant quatre ans, ils ont vécu avec une bombe : leur fils Dominique. À l'âge de 13 ans, le beau brun, qui avait toujours été un bon élève, pique du nez à l'école. Il commence à tenir des propos étranges. Un soir, il lance une chaise dans la fenêtre de sa chambre.

Ses parents, un couple heureux de la classe moyenne, sont totalement pris au dépourvu. Bien sûr, ils cherchent à consulter.

Seul recours : les urgences

Ils n'ont pas de médecin de famille. Ils se rendent donc au CLSC, où une travailleuse sociale minimise les comportements de Dominique. «C'est juste une mauvaise passe.» À l'école, on leur refuse un rendez-vous chez le psychologue scolaire, trop pris «par d'autres cas plus urgents».

Ils tournent en rond, comme ça, pendant quatre longues années. «Personne, nulle part, ne nous a mis sur le début d'une piste pour comprendre», résume Marc.

Petit à petit, l'état de leur fils se détériore. Un soir, c'est la crise. Dominique, furieux, frappe de toutes ses forces l'embrasure d'une porte. À bout de ressources, son père se rend au poste de police. En chemin, il croise une ambulance.

Les ambulanciers doivent convaincre Dominique, qui a maintenant 17 ans, de les suivre. Il aurait très bien pu refuser. Ses parents n'auraient alors eu aucun recours. Marc retient son souffle. «Quand il m'a donné son sac et qu'il a embarqué dans l'ambulance par lui-même, les deux jambes m'ont lâché», raconte Marc. Ce grand colosse se souviendra toujours de ces minutes, passées au coeur d'une nuit très noire. Les pires de sa vie.

Aux urgences, il ne faut que quelques instants au psychiatre de garde pour déterminer que leur fils est en grave psychose. Après quelques jours, le diagnostic tombe : schizophrénie. «Votre fils est très malade. Il aurait pu tuer», leur dit le psychiatre. «Ça faisait quatre ans qu'on était là-dedans et on se fait dire ça, raconte Diane, la voix brisée. J'étais effondrée.»

Première ligne inexistante

Sur 100 000 jeunes Québécois souffrant de problèmes importants de santé mentale, seuls 15 000 seront vus par un psychiatre. En partie à cause de l'état lamentable dans lequel se trouvent les services de santé mentale pour les jeunes. «La première ligne en santé mentale pour jeunes, ça n'existe pas», résume la pédopsychiatre Marie Plante, qui pratique au Centre hospitalier universitaire de Québec.

Les CLSC? Pour les cas jugés non urgents, le jeune verra tout au plus une travailleuse sociale dans un mois. Les psychologues sont rares dans les CLSC et ils sont débordés dans les écoles. Un pédopsychiatre? En 2001, derniers chiffres disponibles, il y avait trois mois d'attente pour les cas non urgents à Montréal. À Gaspé, sept mois.

En fait, à moins qu'un jeune soit en état de psychose, ou alors qu'il menace de se suicider ou de tuer quelqu'un, il y a très peu de chances qu'il soit vu rapidement par les services publics. Parlez-en à Monique Lemieux. «Ce qui a sauvé Mathieu, c'est qu'il est né violent», résume-t-elle brutalement. Son fils est schizophrène depuis l'âge de 12 ans. Mathieu a fini par être cueilli par la police et a abouti en centre jeunesse parce qu'il menaçait physiquement sa mère. Elle nous a demandé de taire son vrai nom.

Oui, Mathieu a eu des services. Mais 10 ans après sa première crise, son sort n'est pas très rose. Il vit seul dans une chambre. Souvent, il n'a rien à manger et vient mendier un repas chez sa mère. Récemment, il a attaqué quelqu'un et a dû être hospitalisé, pour la énième fois. «Mais au moins, il est vivant», dit Mme Lemieux, qui s'est battue pour Mathieu chaque jour, pendant toutes ces années.

«La pédopsychiatrie est un château fort qui n'a pas beaucoup de pont-levis», résume le pédopsychiatre Luc Blanchet, de l'hôpital Jean-Talon. «On prépare un rapport psychologique à l'école. On fait faire une évaluation par un généraliste. On mobilise le parent. Et à l'issue de tout ça, on se fait dire : un an et demi d'attente. Pendant ce temps, l'état du jeune se détériore», raconte Alain Noël, directeur de la polyvalente Saint-Exupéry, à Saint-Léonard, qui a mis sur pied un programme innovateur pour dépister les dépressions chez les jeunes.

«Il faut humaniser nos services de santé mentale», renchérit Diane Aubin, psychologue à Dans la rue, l'organisme du désormais célèbre Pops. Mme Aubin se bat tous les jours pour obtenir des consultations en psychiatrie pour ses jeunes.


Elle a bien failli y passer

Valérie Bilodeau, elle, a bien failli être une victime de ce système déficient. Cette grande jeune fille dynamique, qui a aujourd'hui 19 ans, a vécu un terrible épisode de psychose en deuxième secondaire.

«Je me sentais persécutée par les autres. J'étais persuadée qu'on jouait avec les aiguilles des horloges pour que j'arrive en retard à mes cours.» Un jour, on remarque son comportement confus à l'école. Sa mère l'emmène aux urgences, en prenant bien soin de l'asseoir à l'arrière du véhicule, les portes verrouillées avec le loquet-enfant. «Pour ne pas que je me jette en bas.»

À l'hôpital, elles attendent de longues heures, durant lesquelles Valérie ne cesse de délirer. Elle est finalement vue par un pédopsychiatre. Qui la renvoie chez elle avec un rendez-vous pour le lendemain. Durant la nuit, elle tente de se pendre avec une ceinture. «Si elle avait été un peu plus vieille et qu'elle avait su comment faire, elle ne se serait pas manquée», dit sa mère, Marie Bourque. Après plusieurs examens, son mal est identifié : troubles bipolaires. Elle passera plusieurs semaines à l'hôpital et descendra très, très bas.

«C'est pas évident d'attendre des heures à l'urgence avec un enfant qui parle tout seul», souligne Manon Teasdale-Gravel, dont la fille Stéphanie, elle aussi bipolaire, s'est retrouvée plusieurs fois à l'hôpital. Elle raconte, les larmes aux yeux, un épisode sombre : elle se fait traiter de haut par un médecin condescendant. «On va la prendre, votre fille, si vous avez besoin d'une petite fin de semaine de congé.»

«Souvent, les gens qui viennent nous voir sont passés par les urgences ou un généraliste et leur problème n'a pas été diagnostiqué. Et même si ça a été diagnostiqué, qu'est-ce qu'on a fait? On leur a donné des médicaments et un rendez-vous dans trois mois. Qu'est-ce qui va arriver? Ils vont retourner dans leur sous-sol jusqu'à la prochaine crise», s'insurge Ridha Joober, psychiatre, qui se spécialise dans le traitement des psychoses chez les jeunes.

Source : La Presse le mardi 06 février 2007 Katia Gagnon
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 20:21

Hôpital Douglas: une rare exception

Dans le petit monde de la psychiatrie, le programme PEPP de l'hôpital Douglas est une exception. Une belle exception. Les jeunes qui passent à travers un premier épisode de psychose et qui ont la chance de frapper à cette porte n'auront à subir aucune attente ; leur traitement commence en moins de 72 heures. Ce programme, unique au Québec, s'adresse aux jeunes de 14 à 30 ans. Les 120 patients suivis viennent en majorité du Sud-Ouest montréalais, et ont expérimenté pour la première fois un accès de psychose. La plupart des jeunes affligés d'un tel mal passent par les urgences, ou doivent, à tout le moins, être référé en psychiatrie par un médecin généraliste. Pas au Douglas.

Moins de trois jours

N'importe qui peut appeler Karen Goldberg, chargée du tri au programme PEPP. Famille, amis, ou le patient lui-même. En moins de trois jours, le patient est rencontré et, s'il s'agit bel et bien d'un premier accès de psychose, le traitement commence. Pour l'évaluation, les intervenants se rendent sur place, chez le patient. Chaque patient est sous la supervision d'un intervenant pivot, qui s'occupera pendant plusieurs mois non seulement de son cheminement dans le réseau de la santé, mais également de tous ses besoins psychosociaux. Le rêve, quoi.

«Notre philosophie, c'est de ne pas avoir de liste d'attente. Il faut voir les gens quand ils en ont besoin», dit Ridha Joober, l'un des médecins révolutionnaires qui ont eu l'initiative de ce programme. «Nous essayons d'éliminer toutes les barrières classiques que place le réseau de la santé sur le chemin de chaque patient.» Chaque année, de 600 à 700 jeunes Montréalais expérimentent leur premier épisode de psychose. Une très faible partie d'entre eux seront traités rapidement.

Source : La Presse le mardi 06 février 2007 Katia Gagnon
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 20:45

Pédopsychyatrie - Se tuer à 4 ans

En 12 ans de pratique dans un grand hôpital québécois, le pédopsychiatre n'avait pratiquement jamais vu ça. Un enfant de 4 ans hospitalisé en psychiatrie parce qu'il s'était volontairement jeté devant une voiture. Tentative de suicide. À 4 ans.

Cet exemple récent, qui nous a été raconté par un médecin sous le couvert de l'anonymat, est bien sûr extrême. Mais il illustre cependant une tendance de fond : les petits patients en pédopsychiatrie sont de plus en plus jeunes.

Aucune statistique ne vient démontrer ce fait, mais les témoignages de plusieurs pédopsychiatres interviewés par La Presse vont à peu près tous dans le même sens «Les patients nous arrivent de plus en plus jeunes», dit Luc Blanchet, pédopsychiatre à l'hôpital Jean-Talon.

«On ne peut pas démontrer ça de façon empirique, mais il y a comme une tendance», poursuit-il. À 8 ou 10 ans, raconte-t-il, des enfants consultent pour des problèmes d'anxiété grave. «Même à 6 ou 7 ans, on a des petits garçons qui parlent de mort.»

Le Dr Blanchet a récemment vu un enfant d'un an et demi atteint d'un trouble alimentaire marqué : il refusait carrément de s'alimenter. Les parents ont dû consulter à la clinique alimentaire d'un service de psychiatrie pédiatrique.

Corps d'enfants, maux d'adultes

Il y a 10 ans, «on ne voyait pas de maladies psychiatriques comme telles chez les jeunes. Maintenant, c'est monnaie courante chez les adolescents et de plus en plus fréquent chez les enfants», dit la pédopsychiatre Marie Plante, du Centre hospitalier universitaire de Québec.

Pourquoi? Évidemment, les diagnostics sont de plus en plus précoces et précis. «On dépiste plus tôt, on dépiste mieux. Avant, plusieurs enfants qu'on voit ici n'auraient pas consulté», souligne Patricia Garrel, chef du service de psychiatrie de Sainte-Justine.

Mais le développement même des enfants pourrait aussi être en cause. «Le développement cognitif des enfants se fait plus rapidement. Or, la dépression est liée au développement cognitif», explique le psychiatre Jean-Jacques Breton, de l'hôpital Rivière-des-Prairies. «Le stress de nos vies fait ressortir les fragilités plus vite», ajoute Marie Plante.

Un jeune sur cinq

Au cours de sa carrière de directeur d'école à la commission scolaire Pointe-de-l'Île, Alain Noël a souvent travaillé en milieu défavorisé. Et il a vu beaucoup, beaucoup de très jeunes enfants atteints. «Ce qui a vraiment changé, c'est l'âge des premiers symptômes : troisième, quatrième année», dit-il.

Au Centre jeunesse de Montréal, on fait le même constat. À tel point qu'un projet d'entente vient d'être conclu avec deux hôpitaux de Montréal pour créer un hôpital de jour pour des tout-petits de moins de 5 ans atteints de problèmes de santé mentale. «La clientèle s'alourdit chez les petits», constate Anne Duret, coordonnatrice au soutien à l'intervention au CJM.

Le Dr Breton a établi au début des années 90 que, parmi les jeunes de 6 à 14 ans, un sur cinq souffre de problèmes de santé mentale, pris au sens large. Pour un jeune sur 10, le trouble est grave. «C'est un chiffre modéré», précise-t-il. Car depuis 10 ans, ces données ont probablement fait un bond. «Les troubles alimentaires augmentent. Les dépressions surviennent plus tôt.»

Peu d'accès aux services d'aide

Le drame, c'est que ces enfants malades et leurs parents ont beaucoup de difficulté à obtenir de l'aide. Seuls 15 % des jeunes gravement atteints seront vus par un psychiatre. «Il nous en échappe énormément», dit Luc Blanchet.

Dans les derniers mois, La Presse a recueilli plusieurs témoignages bouleversants de familles égarées dans les dédales du réseau qui se tournent, en désespoir de cause, vers les urgences ou même la police.

Comme Nancy Wheaton, par exemple, mère d'un petit garçon de 8 ans atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, une maladie aux frontières de la psychiatrie et de la neurologie. Pour maîtriser ses terribles accès de colère et son anxiété maladive, Alex prend chaque jour plusieurs doses d'un puissant antipsychotique.

Un jour, malchance, sa pédopsychiatre tombe malade. Pendant des mois, Mme Wheaton cherchera vainement un nouveau psychiatre pour suivre son fils. Le temps presse puisque le médicament tire à sa fin. «Sa pédiatre avait peur du médicament. Elle ne voulait pas toucher à ça».

En désespoir de cause, elle se rend aux urgences. Après huit heures d'attente, la pédopsychiatre de garde lui renouvelle son ordonnance. Les doses? À la mère de les ajuster! «Commence par ça. Tu vas voir ce que ça donne, et augmente la dose jusqu'à un résultat», lui dit la psychiatre. «Ils sont malades! Ils ne me connaissent même pas!» s'exclame Mme Wheaton.

À cette mère, seule avec son conjoint, revient donc la lourde responsabilité de doser la médication de son fils. Car, bien sûr, la pédopsychiatre vue en urgence ne peut pas suivre le petit garçon. «Mon drame, c'est : pas assez. Alex n'est pas assez dépressif. Il n'est pas assez violent. Sinon, il serait suivi.»

Son cas résume tout le drame des soins pédopsychiatriques au Québec : à moins d'une menace claire et immédiate, on a peu de chances d'obtenir des services.

Source : La Presse le lundi 05 février 2007, par Katie Gagnon
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 21:04

La psychiatrie à 2 ans

Faut-il prescrire des médicaments psychiatriques aux enfants d'âge préscolaire ? De plus en plus de pédopsychiatres utilisent des médicaments contre l'hyperactivité comme le ritalin, avec des enfants de 3 ou 4 ans. Mais la mort récente par surdose d'une fillette de 4 ans, à Boston, qui avait reçu à 2 ans un diagnostic de dépression bipolaire, a braqué les projecteurs sur un phénomène encore plus troublant : le traitement avec des médicaments de la dépression et de l'anxiété chez les enfants à peine en âge de marcher.

Le pharmacien s'était inquiété des nombreux renouvellements d'ordonnances. La pédopsychiatre avait menacé la mère d'une dénonciation à la DPJ parce qu'elle dépassait les doses de médicaments. Mais cela n'a pas suffi.

Le matin du 13 décembre dernier, la police de Hull, près de Boston, a trouvé Rebecca Riley sans vie, sur le plancher de la chambre à coucher de ses parents, après un appel au 911. Un toutou brun était à côté d'elle, et elle portait une couche rose. Elle avait 4 ans.

La petite Rebecca avait reçu à 2 ans un diagnostic de dépression bipolaire. Elle prenait chaque jour trois médicaments psychiatriques différents, du clonidine, du depakote et du seroquel. Ses parents lui disaient qu'il s'agissait de «pilules pour être content» (happy pills). Ils forçaient cependant la dose, et sont présentement accusés d'avoir empoisonnée leur fille. Leur avocat affirme que la faute repose sur la pédopsychiatre qui a prescrit les médicaments.

La tragédie a braqué les projecteurs sur une nouvelle tendance de la pédopsychiatrie : la médication d'enfants d'âge préscolaire. Depuis quelques années, beaucoup d'études ont été publiées sur les symptômes que revêtent à 3 ou 4 ans des maladies d'adultes comme l'anxiété ou la dépression. Certains psychiatres affirment qu'une petite proportion des enfants, un sur 100 000 environ, ont réellement besoin de médicaments psychiatriques avant même d'entrer à la maternelle.

Des enfants qui ne dorment pas

«Les gens qui sont horrifiés par l'idée qu'on prescrive des médicaments psychiatriques à de très jeunes enfants ne voient pas ceux qui fréquentent ma clinique», affirme John Walkup, pédopsychiatre à l'Université John Hopkins, qui a beaucoup écrit sur le sujet.

«Très certainement, les symptômes ne sont pas les mêmes que chez les adultes, notamment à cause du développement encore imparfait du langage. Mais il y a moyen d'utiliser d'autres indices. Par exemple, la dépression bipolaire s'accompagne généralement d'une réduction importante du temps passé à dormir. J'ai déjà vu des enfants de quatre ou cinq ans qui dormaient trois ou quatre heures par nuit, et qui ne semblaient pas particulièrement fatigué durant la journée, à cause de la dépression bipolaire.»

Ces cas sont rares, un sur 100 000 ou même un sur un million, selon le Dr Walkup. Mais le pédopsychiatre américain n'en démord pas : il ne faut rien exclure.

«Je n'aime pas les démarcations trop rigides. Quand j'ai fait mes études, il fallait avoir 18 ans pour recevoir un diagnostic de dépression bipolaire. Des adolescents de 16 ans qui en souffraient recevaient un autre diagnostic et un autre traitement, pour leur plus grand malheur. Il est certain que certains médecins de famille ont trop facilement recours à des médicaments, par manque de temps, et parce que les parents refusent d'admettre que les problèmes de leurs enfants sont liés à des stresseurs familiaux. Mais il y a aussi des enfants qui ne sont pas traités à cause de l'hostilité que suscitent les médicaments psychiatriques. Je pense que l'opprobre jetée par les médias sur les antidépresseurs à l'adolescence a probablement causé plusieurs suicides, parce que des adolescents déprimés n'ont pas été correctement traités. »

Une pédopsychiatre de l'Université Washington à Saint-Louis, Joan Luby, qui a publié plusieurs études sur la dépression en âge préscolaire, estime elle aussi que la médication ne doit pas être écartée. «Il y a peu d'informations sur l'efficacité des pharmacothérapies en bas âge, explique le Dr Luby. La prudence s'impose, mais dans certains cas, des médicaments sont nécessaires, avec une surveillance étroite.»

Mode

L'un des problèmes de la pédopsychiatrie est l'influence des modes. «La dépression bipolaire est devenue un diagnostic fourre-tout», déplore Éric Fombonne, directeur de la psychiatrie à l'Hôpital de Montréal pour enfants et professeur à l'Université McGill.

«C'est l'équivalent de la psychose infantile à une autre époque. Cela ne veut pas dire que la dépression bipolaire n'existe pas chez les enfants. J'en ai vu. Mais très souvent, le diagnostic est fait trop rapidement. Parler de bipolaire à 2 ou 3 ans, ça me paraît absurde. C'est la même chose avec l'Asperger, une forme d'autisme. Dès que l'enfant est un peu isolé et qu'il fait des choses bizarres, on parle d'Asperger, alors qu'il s'agit plutôt de trouble de personnalité ou de développement social.»

Médicaments meilleurs qu'avant

Le Dr Fombonne estime que les prescriptions de médicaments psychiatriques pour les enfants, notamment les neuroleptiques atypiques et les antidépresseurs utilisés pour traiter l'anxiété, ont augmenté trop rapidement.

«Le problème, paradoxalement, c'est que les médicaments sont meilleurs maintenant. Ils ont moins d'effets secondaires. Les médecins hésitent moins à s'en servir. Il faut dire qu'il manque terriblement de pédopsychiatres et que les médecins de famille ont de moins en moins de temps pour les consultations. On retire son regard des problèmes psychosociaux pour se concentrer sur la médication. De plus, plusieurs parents préfèrent que leur enfant ait des médicaments, parce que ça les dédouane.»

Cette déresponsabilisation des parents inquiète Cécile Rousseau, professeure de psychiatrie à l'Université McGill.

«On est passé d'un extrême à l'autre, d'un temps où tout était de la faute des parents, à une tendance à ignorer l'environnement familial, social et scolaire, dit le Dr Rousseau. On se dit que certains enfants sont plus vulnérables que d'autres aux stresseurs de la vie, et qu'il faut donner des médicaments pour pallier ces vulnérabilités. Mais dans mon expérience, quand un enfant en bas âge est triste, le terme utilisé pour désigner la dépression à cet âge, il y a toujours des problèmes familiaux. Ce n'est pas nécessairement de la faute des parents : il peut y avoir des problèmes logistiques, professionnels, l'un des parents est peut-être gravement malade. Mais il n'en reste pas moins que le problème de l'enfant est causé par des circonstances familiales.»

Le Dr Rousseau note que les choix offerts aux enfants peuvent avoir des effets pervers. «Avant, il fallait que les enfants se conforment aux attentes des parents. Maintenant, ils peuvent faire ce qu'ils veulent, en autant qu'ils soient heureux. C'est une responsabilité difficile à porter. Il est difficile de s'opposer à ce désir. Or, les enfants ont besoin de s'opposer aux parents pour bâtir leur identité.»

Source : La Presse le dimanche 25 février 2007 Mathieu Perreault
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 21:15

Le Ritalin plafonne

La popularité du Ritalin plafonne au Canada, selon une étude torontoise et de nouvelles données nationales. Après avoir augmenté de 10 % à 20 % chaque année depuis le milieu des années 90, le nombre d'ordonnances n'a augmenté que de 3,8 % entre 2005 et 2006, selon la firme IMS Health.

La croissance des ordonnances de médicaments similaires a aussi ralenti, selon IMS Health, passant de 16 % entre 2002 et 2003 à 8 % entre 2005 et 2006. Le Ritalin représente les deux tiers des ordonnances de médicaments contre le trouble de déficit d'attention et d'hyperactivité (TDAH).

«Aux États-Unis, le nombre de prescriptions a atteint un plateau au début des années 2000, explique Anton Miller, un psychiatre de l'Université de Colombie-Britannique qui a publié de nombreuses études sur la question. Le Canada est généralement en retard, alors nous commençons tout juste à voir le plateau.»

Selon le Dr Miller, le ralentissement de la croissance des ordonnances de Ritalin n'est pas causé par les inquiétudes des parents fortement encouragés par les écoles à donner le médicament à leurs garçons turbulents.

«Je crois tout simplement qu'on approche du point où la plupart des enfants qui ont à être traités le sont. Évidemment, il y aura toujours une proportion d'enfants hyperactifs qui n'ont pas besoin de médication, ou dont l'hyperactivité n'a pas été détectée, et qui ne sont pas soignés.»

Les récentes augmentations du nombre d'ordonnances pourraient d'ailleurs refléter une meilleure adhésion au traitement, plutôt qu'une hausse du nombre de petits patients, selon des études américaines récentes. Au début de 2006, une psychiatre de l'Université de Toronto a d'ailleurs montré que le nombre de patients hyperactifs suivant une pharmacothérapie a plafonné dans la deuxième moitié des années 90.

«Entre 5 % et 9 % des enfants sont hyperactifs, explique Alice Charach, de l'Université de Toronto. Or, la proportion des enfants canadiens qui prenaient des médicaments contre le TDAH, dans les années 90, oscillait entre 1,3 % et 2 %. Je ne pense pas qu'il y a un problème généralisé avec le Ritalin.»

Cette proportion est passée de 1,3 % en 1994 à 2 % en 1996, puis à 1,7 % en 1998.

Plus de filles qu'avant traitées au Ritalin

Détail intéressant, la proportion de filles qui prennent du Ritalin a beaucoup augmenté. «Traditionnellement, il y avait quatre fois plus de garçons que de filles sur cette médication. Maintenant, il y en a seulement 2,5 fois plus. C'est probablement dû au fait que les comportements des filles hyperactives sont moins dérangeants : par exemple, elles vont rêvasser. Ça ne veut pas dire qu'elles ne bénéficient pas de la médication.»

Une tendance forte pour le Ritalin est la prescription aux adultes et aux enfants d'âge préscolaire, selon le Dr Miller. «Une étude a récemment montré que les parents d'enfants d'âge scolaire aiment beaucoup mieux la médication que la simple intervention behavioriste, c'est-à-dire un cours pour les parents sur la discipline et l'encadrement des enfants.» L'étude du Dr Miller montrait que moins de 0,5 % des enfants d'âge préscolaire recevaient un médicament pour le TDAH au Canada dans les années 90.

Les ordonnances de Ritalin au fil des ans

Nombre d'ordonnances de médicaments contre le trouble de déficit d'attention et d'hyperactivité au Canada

2002 1,25 million 934 000
2003 1,45 million 1,08 million
2004 1,65 million 1,22 million
2005 1,82 million 1,33 million
2006 1,97 million 1,37 million

Source : IMS Health Canada

Source : Le dimanche 25 février 2007 Mathieu Perreault
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MessageSujet: Re: Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale   Ven 16 Mar - 21:27

Centre jeunesse du Québec - La clientèle s’alourdit

Les centres jeunesse du Québec ne sont pas devenus des hôpitaux psychiatriques, tranche le psychologue qui accompagne les enfants et les ados « placés » de la capitale. « Mais, ce que je vois, c’est que la clientèle s’alourdit. »

D’entrée de jeu, Robert Aucoin met cartes sur table : les constats délivrés par Le Soleil dans son édition d’hier sont vrais. Une forte proportion des pensionnaires des centres jeunesse a reçu un, voire plusieurs diagnostics en santé mentale. Et beaucoup sont traités aux médicaments psychotropes.

Assez pour que le Centre jeunesse de Québec ait mis en place une équipe spéciale afin de suivre ces cas. La troupe de spécialistes surveillait originellement les candidats au suicide. Mais le mandat a dû être élargi : « On a ouvert parce qu’on a constaté que de plus en plus de jeunes ont des problématiques de santé mentale.»

Rencontré à L’Escale — le pavillon réservé aux filles, campé au cœur d’un quartier de grosses maisons de Cap-Rouge— M. Aucoin explique que la région de Québec est privilégiée. Elle a les moyens de réunir des professionnels. « Il y a des régions où il n’y a pas de pédopsychiatre et où ils ont de la difficulté à avoir un médecin... »

Source : Le Soleil Québec le mardi 13 février 2007 Baptiste Ricard-Châtelain
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Pédopsychyatrie ou les jeunes et la santé mentale

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